La compagnie

COMPRENDRE, RESPECTER, FAIRE AIMER LES MONUMENTS

Comprendre, aimer et faire aimer l’architecture des autres, des plus anciens.
S’y fondre, y opérer avec respect et sûreté, en faisant oublier son intervention, pour que le message reste entier.
L’animer, y œuvrer avec la chaîne des compagnons dans le même humanisme de la tradition des métiers.
En exprimer la vérité des origines et l’harmonie des strates du temps déposé, pour la vie d’aujourd’hui et de demain.
Comprendre, respecter, faire aimer. Faire passer.

Tels pourraient être les raisons, la méthode et les objectifs de l’action de l’Architecte en Chef des Monuments Historiques vis-à-vis du patrimoine monumental dont il est chargé.
Recrutés par concours, les Architectes en Chef des Monuments Historiques reçoivent la confiance de l’Administration qui attend d’eux la connaissance de leur art et de l’histoire tout autant que leurs qualités morales et humaines.
Dès l’origine de ce service public, la Commission supérieure des Monuments Historiques confie à des architectes spécialisés la sauvegarde des monuments.

Cette particularité française qui fera école met l’accent sur le monument conçu d’abord comme une architecture. Au-delà de l’image de l’histoire de l’art et du gisement archéologique qu’il représente, le monument est d’abord une architecture reconnue et gérée comme un document vivant, lieu d’enseignement, de maintenance du savoir-faire et de rassemblement dans une même émotion artistique.
Le rôle des Architectes en Chef des Monuments Historiques sera au XIXe siècle celui du garant de la vérité de l’architecture historique face à l’ignorance tout autant qu’à l’exubérance du siècle de l’éclectisme. Cette tâche sera amenée de manière scientifique par les architectes spécialistes de l’architecture médiévale, formés à la même école. Le concours de 1893 viendra sanctionner cette formation spécifique et les exigences du Service public.

La loi de séparation de l’Église et de l’État de 1905 transfère progressivement la responsabilité des architectes diocésains à ceux des Monuments historiques. Ceux-ci deviennent ainsi les héritiers directs des maîtres d’œuvre des fabriques et chapitres du Moyen Âge.
La loi de 1913 sur les Monuments Historiques fixera définitivement la structure du Service. Les Architectes en Chef ont une mission permanente et générale sur les monuments classés et inscrits dans les circonscriptions qui leur sont confiées Responsables devant l’Inspection générale et la Commission supérieure, ils sont assistés, dans chaque département de leur circonscription, par des architectes ordinaires.

Garants des investissements de l’État sur les édifices classés, ils y assument leur responsabilité d’architecte. Cette mission sera particulièrement précieuse lors des reconstructions et restau rations faisant su ite aux dommages de guerre.
L’après-guerre verra se développer les notions d’urbanisme et de gestion du patrimoine. La départementalisation des Services entraînera la création des agences et des conservations des Bâtiments de France, permettant aux Architectes en Chef d’avoir des interlocuteurs proches du terrain.

Plus récemment, cette évolution va se confirmer par la déconcentration de l’administration des Monuments dans les Directions Régional des Affaires Culturelles. La décentralisation accentuera le rôle des Architectes en Chef auprès des collectivités locales.
L’évolution orientée par la circulaire du 5 août 1985 et les décrets de 1987, confirme la priorité de la démarche architecturale dans les interventions sur les monuments. Les Architectes en Chef y sont en effet chargés de diriger et de coordonner les études préliminaires et les études préalables aux travaux, assumant ainsi leur responsabilité professionnelle, scientifique, technique et artistique auprès du ministère de la Culture. Cette démarche vient actualiser la spécificité française du monument conçu d’abord comme une architecture vivante, vécue dans le temps et gérée par des architectes. À travers cette histoire administrative, le corps des Architectes en Chef reste fidèle à la mission initiale du Service.

Réunis dans un grade unique, les Architectes en Chef sont pairs entre eux et se rassemblent en une compagnie. Celle-ci leur permet de se retrouver pour confronter leur expérience et parfaire leur formation. Un code de déontologie leur rappelle ces exigences de qualité du servi ce public et leurs devoirs vis-à-vis des monuments, de leurs interlocuteurs, administrations, propriétaires et confrères.
Le statut de 1980 précise leurs missions auprès du Ministre de la Culture : « Mettre en œuvre les actions qui tendent à protéger, à conserver et à faire connaître le patrimoine architectural de la France. » Nous y retrouverons ce triptyque de leur action : comprendre, respecter, faire aimer.

C’est ainsi qu’ils participent aux démarches de protection en suscitant des demandes, en donnant des avis sur les propositions et en participant aux Commissions régionales ou à la Commission supérieure des Monuments historiques.
Leur action de surveillance et de contrôle s’exerce de manière générale et permanente sur l’ensemble des édifices classés et inscrits de leur circonscription. Ils sont assistés dans cette tâche par les architectes des Bâtiments de France.
Ils peuvent faire toutes les propositions au Ministre pour la mise en valeur des monuments et toutes suggestions pour leur utilisation.
À côté de ces missions générales, ils exercent des missions de maîtrise d’œuvre sur les édifices classés lorsqu’il y a intervention du ministère de la Culture.

Ces actions font de l’Architecte en chef un homme de terrain, proche des monuments, soucieux des plus modestes comme des plus prestigieux. La confiance qui lui est accordée est à la mesure du devoir de respect et de partage que son action publique commande.
Si le monument est un document d’histoire et d’architecture, l’Architecte en Chef en est le lecteur privilégié. Le chantier de restauration reste le cœur de la connaissance profonde du monument et la justification de l’existence même du Service des Monuments historiques C’est à cet instant que le monument se livre en vérité pour l’unique et souvent dernière fois. C’est là le lieu privilégié de la recherche et des prises de décision.
Le rôle de l’Architecte en chef est alors celui du corps franc, opérateur privilégié, à la pointe avancée du combat pour la vie du patrimoine.

Étienne PONCELET
Architecte en Chef Inspecteur général des Monuments Historiques

Source : Sous la direction de PERROT (Alain-Charles), Les Architectes en Chef des Monuments Historiques, 1893 – 1993, centenaire du concours des ACMH, Levallois-Perret, 1994, ISBN. 2-903104-06-9.